Qu’est-ce que l’éco-herboristerie ? #1

Qu’est-ce que l’éco-herboristerie ? #1

 

« Je sens beaucoup que le travail avec les herbes, que ce soit sur le plan physique, comme avec une tisane ou un concentré liquide ou sur le plan subtil comme avec un élixir floral, est beaucoup plus qu’une question de quantité de plantes que l’on prend. C’est une résonance qui rencontre une autre résonance. C’est une harmonisation, un ajustement ».

Danièle Laberge

 

Le terme éco-herboristerie vient nous questionner sur l’éthique derrière l’utilisation des plantes médicinales : la vente mais aussi la cueillette et les recommandations à base de plantes et remet l’humain au cœur d’un écosystème dont il fait partie, comme la plante.

 

Dans cet écosystème, tout inter-agit et est inter-relié.

Chaque partie de plantes ou arbres est une partie de nous et nous une partie de lui.

 

L’herboristerie peut-elle être non éthique & non écologique ?

 

Oui, comme le prouve les nombreux articles de phytothérapie titrant sur la nouvelle plante miracle au nom exotique venue d’un pays très loin de nous (Amérique du Sud par exemple) sous entendant que parce qu’elle est nouvelle et inconnue à nos yeux elle porte une efficacité redoublée avec également une vision réductrice de la plantes médicinale vue uniquement comme un « réservoir » de principes actifs.

 

Pourquoi aller chercher une plante qui pousse en Amérique latine alors que nous vivons dans un pays qui n’a aucune de ces caractéristiques géographiques ou climatiques ?

 

N’y a t-il pas ici une grande dissonance dans cette approche de l’herboristerie mais aussi du vivant ? doublé d’un non-sens écologique et biologique.

 

Où avons-nous « poussé » nous-mêmes ?

Où cette plante que je m’apprête à consommer a-t-elle grandi ?

Puis-je la rencontrer, la toucher, la respirer, m’imprégner de son énergie ?

 

En consommant des plantes issues d’autres biotopes, nous nous coupons d’une expérience essentielle dans l’effet « thérapeutique » de la plante en ne pouvant pas la rencontrer « en vrai » dans la nature ou cultivée par de petits producteurs paysans-herboristes.

 

Et surtout, nous occultons une grande partie de notre patrimoine naturel et savoir ancestral sur les plantes médicinales de notre flore locale contribuant à faire « tomber aux oubliettes » des plantes médicinales issues de notre environnement qui sont tout autant efficaces que leurs consœurs.

 

En effet, une plante venue d’un pays lointain trouve souvent son équivalent dans notre environnement.

Par exemple, l’harpagophytum, originaire d’Afrique du Sud, a été une plante beaucoup mise en avant et prescrite pour les rhumatismes pendant des années pour ses vertus anti-inflammatoires finissant par être surexploitée et menacée d’extinction alors que nous avons dans notre flore française une plante comme la scrofulaire noueuse (ou la reine-des-prés en photo ci-dessus) tout aussi efficace sur les mêmes troubles articulaires que l’harpagophytum.

Comme l’explique Thierry Thévenin dans Plaidoyer pour l’herboristerie « la plante (l’hargophytum) n’a pas été inscrite sur la liste des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction car elle assure un revenu pour 15 000 à 20 000 familles même si c’est l’industrie pharmaceutique qui récolte 99% du bénéfice total ».

 

De même, avant d’utiliser une plante adaptogène comme la rhodiola qui est une plante très difficile à cultiver avec une croissance lente – il faut sept ans pour obtenir une plante à maturité – envisageons d’abord l’utilisation de l’ortie ou de l’avoine (voir mon article qui décrit certains des bienfaits de l’avoine fleurie) en priorité, en première intention.

La demande croissante de rhodiola depuis les années 2000 compte tenu de sa « surexploitation » médiatique combinée au réchauffement climatique menace la préservation de l’espèce à l’état sauvage. En Europe, quelques rares herboristes comme Andrée Fauchère en Suisse parviennent à recréer un biotope favorable à la culture de la rhodiola. Malgré leur très haute altitude, ces plants commencent aussi à ressentir les effets du réchauffement. Lire mon portrait de Andrée Fauchère  sur Plantes et santé 

S’assurer de préserver la pérennité du vivant et de la biodiversité en utilisant des plantes médicinales locales, dans le respect de la flore sauvage de chaque pays et régions, est un choix essentiel face aux crises climatiques que nous vivons.

 

Une plante locale va être beaucoup plus en résonance avec nos besoins puisqu’elle pousse dans le même environnement que nous.

Son efficacité thérapeutique va donc être plus puissant.

 

Nous pouvons en effet bénéficier de son pouvoir énergétique, de son enseignement subtil en même temps que son effet plus physique.

 

La plante et l’homme sont intimement liés. Comme l’explique Michel Dubray dans son livre « Plantes médicinales d’ici ou d’ailleurs », plus l’homme et la plante subissent des contraintes identiques (géophysiques, climatiques), plus l’utilisation de la plante sera efficace.

 

Michel Dubray a étudié 14 couples de plantes médicinales – une plante locale comparée à une plante exotique aux effets similaires. Cette étude vient remettre en question la supposé supériorité des plantes dites « exotiques ».

Il rappelle aussi que pour se soigner les hommes ont nécessairement utilisé les plantes avant de connaître les propriétés de leurs constituants.

 

Dans la médecine traditionnelle tibétaine, c’est la combinaison du climat, de l’altitude, de l’exposition, de la saison qui va déterminer l’utilisation de telle ou telle plante ainsi que son goût (sucré, sûr, salé, amer, âcre, astringent).

 

Les qualités thérapeutiques de différents spécimens d’une même espèce vont varier selon l’équilibre élémental (air, terre, eau, feu) de l’environnement et des processus de transformation de la plante au fur et à mesure de sa croissance.

 

Chaque plante est vue comme une réflexion microscopique des conditions de l’environnement dans lequel elle pousse. Ainsi, si une plante doit être utilisée pour ses propriétés rafraichissantes, elle va être récoltée à l’ombre et séchée à l’ombre et au vent plutôt que au soleil ou à l’intérieur.

Les plantes qui poussent là où l’élément eau est prédominant vont avoir des propriétés similaires à l’eau : pesantes, fraîches, humides, douces, huileuses, sans arôme puissant et seront donc utilisées dans des conditions asséchantes.

 

Les médecins tibétains affirment même que la plante devrait être administrée à l’endroit où elle pousse naturellement. Si la plante est amenée d’un endroit élevé à un endroit beaucoup plus bas (de la montagne à la vallée), l’élément air plus léger et instable va diminuer et n’aura donc pas le même effet sur une personne.

 

L’humain, comme les plantes, contient en lui les cinq éléments (air, terre, eau, feu).

Sa constitution est donc en quelques points semblables à celle des plantes qui poussent autour de lui.

 

La 2e partie sera en ligne dès le 5 avril…

 

Note : pour rappel, ne cueillez pas en pleine nature sans avoir bien identifié la plante avec l’aide d’un botaniste ou d’un herboriste

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